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Construction modulaire : Ossabois donne le tempo

Deux ans après avoir intégré le groupe GA Smart Building, Ossabois inaugure une nouvelle usine et se lance dans le projet de construire l’ensemble immobilier le plus haut d’Europe en 100 % modulaire bois. Un exploit technique à la hauteur des ambitions de l’entreprise qui compte renforcer considérablement sa position sur le marché de la construction dans les années à venir.

Le mariage de l’entreprise spécialisée dans la préfabrication et la construction modulaire bois avec le groupe connu comme concepteur, constructeur, promoteur et gestionnaire d’immeubles tertiaires avait été annoncé en janvier 2018. Avec des objectifs stratégiques clairement définis. GA Smart Building souhaitait « améliorer l’empreinte carbone de ses opérations, en trouvant de nouvelles solutions innovantes mixtes bois/béton, et ainsi anticiper les futures réglementations ; optimiser encore ses délais de construction en complétant sa démarche constructive par l’approche modulaire d’Ossabois ; accélérer son développement sur le marché résidentiel au travers notamment de projets en hôtellerie, de résidences étudiants et d’opérations mixtes ». De son côté, Ossabois trouvait dans cette opération la possibilité d’assurer son développement et de trouver de nouveaux débouchés. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Située au Corbier-en-Savoie, la résidence MMV Étoile des Sybelles abritera 99 appartements et suites correspondant à 310 modules bois.
Doc. : Hubert Architecture

L’union qui fait la force
Pour Élodie Le Breton, directrice communication et marketing stratégie durable de GA Smart Building, les premiers résultats sont très satisfaisants : « En 2014, notre chiffre d’affaires s’élevait à 125 millions d’euros. Depuis, avec l’intégration d’Ossabois, nous l’avons doublé, ainsi que les effectifs, en passant d’un peu moins de 400 personnes à 800 et de cinq usines à neuf. Nous avons aussi élargi notre champ d’action.
Si, avant, il s’agissait principalement des bureaux, actuellement, nous travaillons sur le secteur tertiaire au sens large, avec des résidences hôtelières et des bâtiments de santé, à quoi s’ajoute bien sûr tout le marché résidentiel géré par Ossabois. Les produits mixtes qui incluent les deux secteurs dans le même ensemble représentent entre 150 000 et 200 000 m2
de tertiaire par an pour GA et entre 1 000 et 1 200 logements pour Ossabois. » « En plus, nous réalisons entre 2 000 et 2 500 modules bois par an : chambres étudiants, chambres d’hôtel, chambres d’Ehpad…, précise Michel Veillon, directeur général d’Ossabois. Le rapprochement avec GA nous ouvre de nouveaux horizons, avec des chantiers plus gros, plus complexes, multimatériaux… Nous avons notamment en permanence entre 6 et 10 chantiers à Paris… En 2019, cela nous a permis de réaliser une croissance de 10 %. »

Répartis dans quatre bâtiments en R + 2 et R + 3, les 400 logements étudiants sur le campus universitaire de Pessac (33) ont été réalisés en moins de neuf mois. Les premiers modules ont été livrés en janvier 2019 et l’équipe de pose d’Ossabois a suivi les livraisons à raison de six modules en moyenne par jour. Maître d’ouvrage : Domofrance ; gestionnaire : CROUS Bordeaux Aquitaine ; architecte : Flint Architectes ; BET : Egis. Photo : Éric Bouloumié
Michel Veillon, directeur général d’Ossabois : « La carence du logement étudiant et senior pourrait être résolue par le recours à la construction hors site et à la construction bois. C’est la volonté politique qui aujourd’hui fait défaut. » Photo : Lotfi Dakhli
Ossabois utilise dans ses réalisations du bois français et importé. La moitié du bois d’ossature provient d’Allemagne, mais le BLC est entièrement d’origine française. La part du bois français commence aussi à croître dans les panneaux CLT. Photo : Lotfi Dakhli
L’industriel peut livrer des modules adaptés à toutes les gammes de produits : les hôtels 2 à 4 étoiles, appartements grand luxe, habitations d’urgence… Photo : Lotfi Dakhli
Ensemble immobilier de près de 30 000 m2, situé porte de Pantin, dans l’est de Paris, la Cité universelle sera un laboratoire de structure bois/béton commun à GA Smart Building et Ossabois avec d’une part la réalisation de mégapoutres métalliques pour obtenir 9 m de hauteur sous plafond dans la salle omnisports et d’autre part deux niveaux réservés à la résidence hôtelière entièrement conçus en modulaire bois. Les travaux, qui dureront environ 30 mois, devraient commencer à l’été 2020. Ce projet innovant est l’un des lauréats du concours « Réinventer Paris 2, les dessous de Paris », lancé par la mairie de Paris. Architectes : Baumschlager Eberle Architekten, Inédit Architecture. Doc : Baumschlager Eberle Architekten et Studio Montazami

Nouveaux outils pour nouveaux défis
Déjà implantée dans les Vosges, le Puy-de-Dôme et la Loire (siège social et l’usine à Noirétable), Ossabois vient d’ouvrir un nouveau site de production à Balbigny (42). Cette usine de 6 000 m2, équipée d’une zone de stockage de 20 000 m2, a été installée sur l’ancien site industriel Samro. L’usine sera consacrée principalement aux projets 3D pour l’hôtellerie, à grande valeur ajoutée, avec des finitions abouties. Dans un premier temps, l’industriel y fabriquera des modules bois destinés à la résidence MMV Étoile des Sybelles qui sera réalisée cette année au Corbier-en-Savoie (73), à 1 500 m d’altitude, au cœur du quatrième plus grand domaine skiable de France. Conçu par Hubert Architecture, ce bâtiment de 8 étages et d’une superficie de 10 000 m2 sera le plus haut ensemble immobilier d’Europe construit entièrement en modulaire bois. « C’est un énorme projet, qui en promet d’autres de la même envergure, annonce Michel Veillon.
Le chantier devra être réalisé en six mois, entre mai et octobre. Il s’agit donc d’une préfabrication très poussée que nous appelons 6D : la salle de bains en 3D est posée dans le module 3D qui arrive sur le chantier complètement équipé, avec le mobilier, la cuisine, le câblage… Le bâtiment est constitué de 310 modules, posés les uns sur les autres. Ce procédé permet de limiter au minimum les finitions sur le site. Le même chantier réalisé en béton aurait probablement duré trois saisons et serait plus coûteux. » La fabrication hors site et l’utilisation de matériaux renouvelables permettent par ailleurs de réaliser une économie d’émissions de CO2 estimée à 30 % par rapport à une construction classique. En deux ans, Ossabois prévoit d’investir environ un million d’euros dans l’équipement du site et songe même à terme à acquérir les locaux qu’il loue actuellement à la communauté de communes. La production de l’usine de Balbigny représentera environ 20 % du chiffre d’affaires de l’entreprise qui, en 2020, devrait atteindre 50 millions d’euros.

Travailler sereinement
Selon Michel Veillon, la construction modulaire bois constitue une réponse pertinente à plusieurs attentes du marché. Notamment celle de l’économie de matière  : « Dans la construction bois, le calcul de structures est très précis, contrairement au béton où de nombreux ouvrages sont surdimensionnés, ce qui génère beaucoup de déchets et une empreinte carbone importante. Il faut cependant que nous ayons des conditions de travail sereines. » Une idée utopiste dans le secteur de la construction connu pour ses « imprévus » ? Pas forcément, insiste notre interlocuteur. « La conception numérique permet de tout prévoir avant les phases fabrication et montage. Le chantier du Corbier-en-Savoie est exemplaire, car le promoteur travaille avec nous depuis quatre ans et a déjà investi un million d’euros pour réaliser les études techniques nécessaires et le prototype de l’appartement complet, constitué de trois modules. Avec un délai de six mois, nous n’avons pas le droit à l’erreur. »

À l’heure du Bim
Quand on parle de la conception numérique, on pense immédiatement au Bim. Pour le groupe GA Smart Building, il s’agit d’une évidence. « Nous sommes en full Bim sur 100 % des projets qui sont développés en promotion immobilière, précise Élodie Le Breton. Le groupe a même créé une formation en MOOC pour initier ses partenaires à cette démarche. Nous l’avons fait en partenariat avec l’INSA Toulouse grâce à une subvention de l’Ademe. Nous sommes à notre troisième session et plus de 10 000 personnes ont déjà été formées. Aujourd’hui, il y a une vingtaine de Bim managers à notre siège à Toulouse. »
Cette dynamique profite à Ossabois qui a déjà à son actif quelques projets mixtes bois/béton réalisés sous Bim en collaboration avec GA. « Après avoir intégré le groupe, nous avons pu avancer plus vite, en ajoutant le logiciel Cadwork à SolidWorks et Dietrich que nous utilisions auparavant, explique Michel Veillon. Cela nous a permis d’obtenir des protocoles et des formats de transferts qui fonctionnent avec tous les corps d’état. Puisque chez Ossabois tout est numérique, cette transition s’est faite naturellement et facilement. »  

Ossabois en chiffres
4 usines (Loire, Vosges, Puy-de-Dôme)
200 collaborateurs (avec la nouvelle usine à Balbigny)
45 M€ : chiffre d’affaires 2019
1 000 à 1 200 logements livrés par an
1 500 à 2 500 modules (chambres étudiants, hôtels, internats) livrés par an