Extension du restaurant scolaire, Saint-Martin-en-Haut (69)

Extension du restaurant scolaire, Saint-Martin-en-Haut (69)

Parti architectural

L’extension du restaurant scolaire de Saint-Martin-en-Haut (69) a été conçue par l’agence lyonnaise Roda Architectes. Faisant le pari d’utiliser des feuillus locaux, les auteurs du projet proposent aux enfants de déjeuner dans une cabane.

Photos : Sandrine Rivière

Saint-Martin-en-Haut est situé au cœur des Monts du Lyonnais, à un jet de pierre de l’ancienne capitale des Gaules. En 2007, la commune décide de passer en régie la restauration scolaire. Un restaurant et un centre de loisirs sont construits en 2009 avec r2k Architecte. La pression foncière a depuis poussé les Lyonnais à s’installer dans le village. Ainsi, avec la croissance du nombre d’élèves, le restaurant fournit aujourd’hui 1 000 repas par jour.

Pour répondre à cette augmentation de l’effectif et pour améliorer la séparation entre les enfants de la maternelle et ceux de l’élémentaire et du collège, la mairie a décidé de l’étendre sur le site du groupe scolaire. L’agence Roda Architectes remporte le concours en 2021. L’enjeu principal de ce projet réside dans la contrainte d’un site exigu. Pour optimiser l’espace disponible, l’extension s’installe dans un volume suspendu au même niveau que le restaurant existant, dans la partie sud-est de la parcelle.

Cette position judicieuse permet de préserver la lumière naturelle dans le bâtiment actuel tout en offrant un signal architectural visible depuis la route départementale. L’extension se distingue par sa déconnexion physique avec le bâtiment existant, créant un volume indépendant qui s’harmonise avec les constructions avoisinantes grâce à une toiture à double pente et une implantation parallèle aux courbes de niveau. La géométrie anguleuse de l’extension dialogue ainsi avec le restaurant existant, tout en étant construite sur pilotis pour préserver la cour, et permet de créer un préau pour le centre de loisirs.

Passerelle d’accès.
La lumière filtrée par les brise-soleil.

Une cabane sur des échasses

L’extension du restaurant scolaire se présente telle une cabane perchée, légère et élégante, revêtue d’un parement de bois. Jean-Paul Roda, auteur du projet, nous raconte : « Elle est connectée au bâtiment existant par une galerie couverte et au site par une passerelle extérieure qui la relie au niveau de la cour. Grâce à de larges vitrages sur ses deux pignons, la lumière naturelle inonde l’intérieur, tandis que des lamelles de bois horizontales assurent l’intimité nécessaire. »

L’intérieur, minimaliste en termes de cloisonnement, met en avant un grand volume dédié à la salle à manger, avec un espace d’entrée et des sanitaires rappelant une petite cabane au sein de la structure principale. Le parti a été pris d’utiliser du bois de feuillus, notamment le chêne pour la structure des portiques et le châtaignier pour le bardage extérieur et les finitions intérieures. Les sections de bois utilisées sont limitées à 140 x 180 mm, répondant ainsi aux normes courantes pour ce type de matériau.

Une approche environnementale

L’extension adopte une approche écologique avec une construction à ossature bois et l’utilisation d’isolants biosourcés tels que la laine de bois. Le bâtiment est conçu pour générer une faible consommation énergétique, intégrant une pompe à chaleur à air, des brise-soleil horizontaux en façade sud, et des vitrages à contrôle solaire avec stores en façade est et ouest. L’inertie thermique est favorisée à l’aide de planchers en contreplaqué marine, de colombages en panneaux remplis de miscanthus dit « herbe à éléphant », et grâce à des enduits en terre et chaux. En toiture, une lame d’air fortement ventilée minimise les transferts de calories à l’isolant.

Une salle ouverte sur le paysage.
Le dessous devient préau.

La main à la pâte

En plus des considérations environnementales, le projet intègre une dimension pédagogique importante. Un atelier de sensibilisation aux enduits en terre a été organisé pour les enfants, en collaboration avec l’entreprise Calyclay. L’objectif était de reconnecter les enfants avec ce matériau naturel, leur apprendre à le manipuler, et leur montrer les possibilités de construction écologique. Cette initiative vise à inculquer aux jeunes générations une appréciation et un soin pour des techniques de construction durables et respectueuses de l’environnement.

Maîtrise d’ouvrage :
Commune de Saint-Martin-en-Haut (69850)
Maître d’ouvrage : Roda Architectes
Économiste : Cyprium
BET structure : Arborescence
BET HQE, fluides et thermique : Matté
BET acoustique : Génie acoustique
OPC : Simap Bâtiment

Programme : 

Surface : 187 m2 SDP
Montant des travaux : 1 M€

Calendrier :

Démarrage des études : février 2021
Consultation des entreprises : février 2022
Démarrage des travaux : mi-mai 2022
Fin de chantier : juillet 2023

Habillage intérieur en châtaignier tressé.

Étude et conception

Le BET structure lyonnais Arborescence a assuré les études et le suivi du chantier de la charpente bois de cette cabane perchée au sein de l’équipe de Roda Architectes.

Photo : Sandrine Rivière

Donnée d’entrée, la maîtrise d’ouvrage souhaitait que la charpente bois soit conçue en feuillus de forêt locale imposant ainsi l’utilisation de sections limitées à 140 x 180. Ainsi, pour limiter les efforts de flexion dans les barres, Arborescence a proposé une structure composée de doubles portiques triangulés qui repose sur une série de plots en béton. À trois articulations, les huit portiques qui forment en plan un quadrilatère sont stables dans leur plan et liés entre eux par les planchers et les toitures via des caissons isolés.

L’ensemble est stabilisé à l’aide de portiques placés dans la grande longueur de l’extension qui permettent également d’assurer un porte-à-faux de 3,60 m à une extrémité de la construction. Homothétiques dans leur largeur, les portiques sont placés tous les 3,60 m. Ils comprennent des assemblages composés de ferrures métalliques qui résistent aux tanins du chêne avec des broches en âme permettant d’exploiter au maximum les capacités des barres en bois. Pour améliorer la raideur, les sommiers sont composés de deux barres connectées par des broches.

Les MOB comprennent une ossature bois de 160 mm remplie d’un isolant en laine de bois. Côté extérieur, le voile travaillant est assuré par une plaque de Fermacell. Il est revêtu d’un pare-pluie Stamisol résistant aux UV. Les cadres bois massif des brise-soleil sont quant à eux fixés aux MOB à l’aide de ferrures en acier inoxydable.

Coupe transversale.
Axonométrie.
Détail de ferrure.
Doc. : Arborescence

Réalisation

Implantée à Solaize dans le Rhône, à proximité de Lyon et à deux pas du chantier, la société André Vaganay SAS a eu la charge de la bonne réalisation de ce projet.

Photo : Roda Architectes

Pour cet ouvrage, l’entreprise a réalisé les portiques et la charpente en chêne, le bardage extérieur et l’habillage intérieur en châtaignier, les murs à ossature bois et la couverture en tuile et zinc à joint debout. Cette dernière est en cohérence avec la toiture du bâtiment existant de la restauration. Les bois utilisés proviennent des forêts locales.

 Porte-à-faux de la cabane.
Photo : Roda Architectes

En tout, on a mis en œuvre 21 m3 de chêne de Bourgogne et 200 m2 de châtaignier de la Drôme. Pour éviter que les tanins de ces essences n’abîment les ouvrages périphériques, les bois ont été badigeonnés avec de l’huile de lin et de térébenthine. L’aire de chantier était très restreinte pour préserver le bon fonctionnement du restaurant.

Aussi, en l’absence de zone de stockage importante, la préfabrication des éléments de charpente en atelier a été favorisée permettant de réduire les délais de chantier pour le lot « charpente bois ». Les portiques bas ont tout d’abord été mis en place sur les plots béton.

 Mise en place des fermes de charpente.
Photo : Roda Architectes

Le plancher a suivi à l’aide d’une nacelle ciseaux et d’un chariot télescopique avant la pose des portiques du R + 1. La mise en place des MOB et des caissons de toiture a permis de réaliser le hors-d’eau. Il a été obtenu par la pose des murs-rideaux hors lot pour l’entreprise.

Chantier dans un espace exigu.
Photo : Roda Architectes

Volume de bois

  • 1,6 m3 de lamellé-collé d’épicéa certifié Bois des Alpes (Euro Lamellé) – passerelle de liaison couverte
  • 11,3 m3 d’épicéa certifié Bois des Alpes (Pro Lignum) – bois d’ossature
  • 8,1 m3 de BM d’épicéa du Haut-Jura (Scierie Poncin) – caissons de planchers et toiture
  • 21 m3 de chêne de Bourgogne (>100 km) – structure principale (portiques)
  • 8,2 m3 de châtaignier de la Drôme (<100 km) – habillages intérieurs (lames tressées)
  • 13,8 m3 de châtaignier de la Drôme (<100 km) – habillages extérieurs

Logistique & délais

Durée du chantier : 8 mois
Matériel de levage utilisé : nacelle ciseaux et chariot élévateur
Livraison : fin juillet 2023

Entreprise

Charpente, ossature bois, couverture : André Vaganay SAS Créée en 1978 et dirigée par André Vaganay

Cet article est extrait du numéro 137 du magazine Woodsurfer disponible sur Calameo.