Face à l’état préoccupant de la forêt du Château de Chantilly, un plan d’aménagement de crise 2026-2035 a été élaboré pour adapter la gestion forestière aux défis posés par le changement climatique et le dépérissement des peuplements. Ce document, rédigé par l’Office national des forêts (ONF) et approuvé par arrêté préfectoral le 31 décembre 2025 dans le cadre du régime forestier, constitue désormais le cadre légal et opérationnel de gestion de ce massif de plus de 6 300 ha situé au nord de Paris. 

La forêt de Chantilly, propriété de l’Institut de France, fait face depuis plusieurs années à une dégradation de son état sanitaire, notamment en raison des épisodes de sécheresse récurrents, de la nature sableuse des sols qui retiennent peu l’eau, et d’infestations d’insectes comme les larves de hannetons qui fragilisent les racines des arbres. Ces phénomènes affectent particulièrement les chênes pédonculés, essence dominante du massif, dont le dépérissement s’est accentué au fil des décennies. 

Le plan d’aménagement de crise vise à répondre à ces contraintes en repensant les pratiques sylvicoles traditionnelles et en intégrant des orientations plus résilientes. Il propose notamment la mise en œuvre d’une sylviculture mélangée à couvert continu, qui favorise la régénération naturelle tout en introduisant, de manière ponctuelle, des essences mieux adaptées aux conditions climatiques futures. L’abandon des coupes rases au profit de coupes intermédiaires doit permettre de maintenir un couvert forestier permanent et de réduire les perturbations du sol. 

Parmi les autres mesures, un suivi individualisé des arbres est prévu pour ajuster les prélèvements en fonction de l’état de santé des sujets, selon des protocoles établis par des spécialistes du Département de la santé des forêts. Le plan prévoit aussi la création d’îlots de vieux bois favorables à la biodiversité, en réservant certaines parcelles à des fonctions écologiques spécifiques. 

Ce plan s’appuie sur une démarche participative, associant l’ONF, des chercheurs de l’INRAE, des acteurs de la biodiversité, des associations locales et des citoyens bénévoles réunis au sein du collectif « Ensemble, sauvons la forêt de Chantilly ». Ce collectif a contribué à des campagnes d’observations, de prélèvements de sols et de suivi sanitaire pour établir un état des lieux détaillé du massif, qui a servi de base à l’élaboration du plan. 

Outre les aspects sylvicoles, le plan d’aménagement s’inscrit dans une réflexion plus large de préservation du patrimoine naturel et forestier régional, confronté aux effets du changement climatique. En ajustant les modes de gestion forestière et en intégrant des pistes d’adaptation fondées sur la science et l’expérience collective, ce plan de crise cherche à préserver durablement la forêt de Chantilly, ses fonctions écologiques et son rôle de réservoir de biodiversité dans les décennies à venir.