Livré en mars 2021, le tribunal de Mont-de-Marsan offre une ambiance sereine, grâce au chêne omniprésent qui sculpte l’ambiance sonore du lieu.

La justice au cœur de bois
L’architecture du palais de justice s’impose majestueusement dans le paysage, avec ses murs et son sol de béton et pierres blanches et sa façade principale constituée de poteaux métalliques de 12 m de hauteur.
Photos : Jean-François Tremege

Grand écrin blanc au cœur de la forêt landaise, le tribunal de Mont-de-Marsan, avec son péristyle classique revisité en charpente métallique, réinterprète les codes des palais de justice du 19e siècle dans un langage contemporain. Une architecture sobre, de métal, pierre et béton, qui cache des lignes complexes, notamment un jeu de pliage en toiture qui guide le regard et les justiciables vers les salles d’audience et son cœur de bois vêtu.

« Omniprésent dans la salle des pas perdus et les salles d’audience, le bois fait d’abord écho à la forêt qui s’invite aux alentours directs du tribunal avec son jardin paysagé planté d’arbres. Il a aussi vocation à adoucir l’ambiance de ces lieux, témoins d’affrontements parfois difficiles », explique Nicolas Aygaleng, architecte associé en charge de ce projet à l’agence BLP & Associés. Au-delà, il a été principalement choisi pour traiter l’acoustique des lieux.

Un lattis en chêne massif lamellé-collé, réalisé sur mesure, confère une ambiance sonore et esthétique à la salle des pas perdus.
 Passée une certaine hauteur, le lattis de la salle des pas perdus s’écarte en partie haute soit pour loger plus de surface absorbante, soit pour habiller les vitrages façon claire-voie.
Lattis multifonction

Dans la salle des pas perdus d’environ 550 m2, un lattis lamellé-collé en chêne de 6 ou 7 m de hauteur offre une alternance de tasseaux carrés et arrondis en chêne massif. Ces derniers reposent sur un support en métal laqué noir perforé. « Un tribunal requiert un très fort degré de sûreté sur les matériaux. Une mousse acoustique derrière un voile noir, rencontrée habituellement derrière ce type de lattis, aurait pu permettre de dissimuler des objets », précise Nicolas Aygaleng.

Ce grand déployé de bois combine une série de fonctions. Il sert de surface absorbante acoustique, de masque devant les vitrages des bureaux en arrière-plan, il intègre les portes des salles d’audience, l’accueil, et sert aussi à incorporer en toute discrétion les multiples organes techniques : détection, caméra, alarme, sondes, désenfumage.

« Réalisé sur mesure, ce lattis bois diffère de ceux auxquels nous sommes habitués par son échelle. Les lattes font la taille d’une main, s’apparentant plus à de petites poutres en chêne successives », détaille l’architecte. Conçue autour de deux patios, la salle des pas perdus comprend le service d’accueil des justiciables et l’accès à toutes les salles d’audience : une grande salle d’assises, une grande salle pénale, et trois salles civiles. Quatre salles d’audience de cabinet, plus petites, se trouvent autour du second patio.

Ceinte de bois et de verre, la grande salle d’assises se caractérise par ce mur grande hauteur en béton fini lasuré, dans lequel est scellée la balance de la justice.

Le tribunal, situé à quelques centaines de mètres de la base aérienne de Mont-de-Marsan, est confronté à de fortes nuisances sonores. Les salles d’audience sont protégées des bruits extérieurs par une double paroi : le mur en béton extérieur avec de grands châssis et des vitrages acoustiques renforcés, et une seconde paroi en béton et verre au droit de la salle d’audience, qui filtre la lumière grâce à ses verres extra-clairs et opalescents.

Dans les salles d’audience, l’acoustique recherchée s’apparente à celle d’un auditorium. Là encore, elle participe à l’esthétique originale de ces salles bicolores, coupées en deux par une ligne de bois horizontale. Sols, murs, mobilier, tous les éléments situés sous une hauteur de 2,5 ou 3 m selon les salles sont en chêne clair et contribuent au bien-être sonore. « Nous ne voulions pas multiplier les essences de bois, afin de conserver cet intérieur abstrait et simple. Le chêne clair était de loin le choix le plus raisonnable pour accorder les multiples références : le mobilier, le parquet, les habillages manufacturés, le lattis », analyse l’architecte.

Recherche de l’abstraction dans les salles d’audience pour optimiser l’acoustique et la luminosité du sol au plafond (puits de lumière et vitres polies derrière la table de justice).
Le chêne clair de la justice

Le parquet massif de 14 cm de largeur a ainsi été travaillé pour atténuer les bruits d’impact, avec une couche de désolidarisation et une estrade isolée par de la laine de verre. Les parois en Topperto 2/2/05 de chez Topakustik sont des lames de 15 cm utilisées sur toute leur longueur qui permettent une uniformité complète de la surface, sans traces de panneautage. « Une salle d’audience requiert un maximum de surfaces absorbantes en plafond sur les côtés et à l’arrière de l’observateur. Il faut en revanche une surface réfléchissante dans le dos de la personne qui parle pour que les magistrats se fassent bien comprendre de la salle sans forcément avoir les micros allumés », précise Nicolas Aygaleng.

Matérialisée par le mur en béton situé derrière les magistrats dans la salle d’assises, cette surface réfléchissante est en bois sans perforation dans les quatre autres salles. Bancs, box pour les prévenus, tables de justice des avocats et des magistrats, l’ensemble du mobilier, très épuré, a été dessiné par l’agence. Il associe des placages de chêne clair sur du médium à du bois massif pour les angles et les ossatures.

Transition douce entre l’agencement de l’accueil et le lattis bois.

La typologie des parties blanches varie selon les salles. Dans la grande salle d’assises, la courbe du plafond acoustique est obtenue grâce au système acoustique Baswa, un enduit acoustique en sable de marbre avec une surface microporeuse qui offre une surface lisse et sans joint. « Cette courbe visait à conserver les grands vitrages latéraux issus de la partie la plus haute de la salle des pas perdus tout en redescendant la hauteur sous plafond au droit des auditeurs. Cette configuration offrait également des propriétés acoustiques qualitatives », détaille Nicolas Aygaleng. Dans les salles plus petites, les courbes s’inversent et les plafonds se font plus classiques avec des plaques de type Solo Ecophon composées en bande ou en carré.   

Aurélie Cheyssial

Maître d’ouvrage : APIJ
Architecte mandataire : BLP & Associés
Surface utile : 6 300 m2 SDP
Acousticien : idB Acoustique  
Bureau d’études TCE : Cetab
Économiste : Overdrive
Menuisier/agenceur : Scop Laporte
Coût : 20,2 M€ HT

Cet article est extrait du numéro 136 du magazine WoodSurfer disponible sur Calameo.