Fondée en 1925 à Juvigny-les-Vallées, l’entreprise Leboucher Constructions fête ses 100 ans. Spécialisée dans la conception et la fabrication des structures en bois, en métal et mixtes, elle intervient sur les marchés de bâtiments agricoles, industriels, tertiaires et d’habitat résidentiel. Avec plus de 130 projets par an et une croissance de 25 % de son activité au cours des cinq dernières années, Leboucher Constructions est un acteur majeur de la construction en Normandie. Son PDG, Mickaël Trocherie, nous présente la stratégie mise en place pour arriver à ces résultats. Propos recueillis par Bernard Lechevalier
Mickaël Trocherie, PDG de Leboucher Constructions. « Nous sommes des artisans innovateurs, depuis l’origine. »
Quel chemin avez-vous suivi pour arriver à la direction de l’entreprise ?
Je suis entré dans l’entreprise en 1996 et j’ai commencé par les ateliers. En 2020, j’ai investi en prenant 20 % des parts et, en 2022, j’ai pris la gérance avec 55 % et un associé qui est issu de la famille Leboucher. Pour la petite histoire, dans les années 1990, les ordinateurs arrivaient avec les logiciels de dessin. Nous sommes allés à Paris acheter le même jour deux ordinateurs, un logiciel de dessin et un logiciel de devis, car l’entreprise en était encore à la machine à écrire. Il y avait une modernisation nécessaire, Leboucher Constructions a su se remettre en question au fil des années, c’est pour ça que nous sommes encore là, 100 ans après. Nous sommes des artisans innovateurs, depuis l’origine. En 1925, avec une activité de charronnerie, un atelier performant de 200 m2 et des machines, déjà à l’époque, c’était exceptionnel.
Voulez-vous dire que l’innovation est dans les gènes chez Leboucher ?
Innover et investir pour être performant est indispensable afin de conquérir de nouveaux marchés. Notre implantation au sud du département de la Manche nous permet facilement d’élargir notre zone de chalandise au carrefour de trois régions : Normandie, Bretagne et Pays de la Loire. Historiquement, la première activité de l’entreprise était la charronnerie. Elle s’est éteinte dans les années 1970. Le savoir acquis en menuiserie et charpente permet alors de rebondir. Puis, dans la Manche, dans les années 1980-1990, un vaste mouvement de mises aux normes a constitué une importante opportunité pour les menuiseries et la charpente agricole. L’entreprise passe de trois à quatre compagnons à une vingtaine en l’espace de 3-4 ans. Dans les années 2000, elle réalise près de 80 % de son chiffre d’affaires sur l’activité agricole. Parallèlement, de nouveaux marchés émergent et la société possède les compétences nécessaires à la diversification sur les secteurs industriels et tertiaires. Je souhaite concilier le process industriel et la souplesse de l’esprit familial.
Comment se répartit aujourd’hui le chiffre d’affaires entre bâtiments agricoles, industriels et maisons individuelles ?
Lors de la reprise de l’entreprise en 2022, c’était pratiquement 60 à 70 % de bâtiments agricoles, 30 % de bâtiments industriels et très peu de maisons, car il faut recourir au CCMI (contrat de construction de maison individuelle) et les banques exigent des garanties. Nous avons racheté le cabinet de maîtrise d’œuvre Ambrin afin de nous redévelopper sur ce secteur qui aujourd’hui représente 10 % de notre CA.
Votre outillage actuel vous permet-il de vous positionner en amont des constructeurs et de leur livrer des éléments de construction bois qu’ils mettent en œuvre ?
Les machines numériques nous ont amenés à nous structurer. Nous avons créé un bureau d’études composé de quatre personnes : trois métreurs et un ingénieur structure. Ce qui nous permet de répondre aux appels d’offres sur différents marchés : agricole, industriel, tertiaire et habitat. Nous nous attachons à ce que chacun, au sein du BE, puisse chiffrer toutes les opérations. Trois commerciaux et deux chargés d’affaires assurent la commercialisation, puis le bureau des méthodes fait la conception de la commande en 3D. Nous intégrons au maximum l’ensemble des opérations jusqu’aux connecteurs métalliques. À l’origine, nous avions un métier, aujourd’hui ce sont 20 métiers, dont 17 ou 18 sont intégrés.
Vous avez fait récemment un important investissement sur la chaîne de production avec deux centres d’usinage SCM, Oikos et Area. Quel constat vous a amené à chercher une solution industrielle avec ces machines ?
Lorsque Gérard Leboucher a commencé, il y a 6-7 ans, à parler de la transmission de l’entreprise, il souhaitait pérenniser les savoirs et pouvoir transmettre aux nouvelles générations. La mise en place de cette chaîne de production répond à ces deux exigences. Intégrer des savoir-faire anciens possédés par des salariés qui ne seront plus dans l’entreprise dans 10 ans et former, en alternance, une nouvelle génération attirée par ces méthodes de travail modernes. Il fallait également doubler les postes afin de sécuriser la production et ne pas dépendre de certaines personnes.
L’équipement composé des machines Oikos et Area (SCM), offre des capacités de production de différents éléments de grand format en bois massif et lamellé-collé.
À quels besoins répondent techniquement ces équipements ?
Leur polyvalence nous permet de répondre sur tous nos marchés. Oikos, conçu pour la fabrication de poutres droites en bois massif et en lamellé-collé, est capable d’usiner des pièces allant jusqu’à 15 m de longueur, 1,25 m de largeur et 30 cm d’épaisseur. Area se distingue par sa capacité de traiter des pièces cintrées, droites ou dégressives, essentiellement en bois lamellé-collé. Cette machine peut manipuler des éléments mesurant jusqu’à 42 m de longueur, 4,5 m de hauteur et 30 cm d’épaisseur. Aujourd’hui, lorsqu’un client nous interroge en B to B ou B to C, nous réalisons les plans, nous les numérisons et nous sommes capables de les mettre en production par des opérateurs non formés aux métiers de charpentiers. Nous avons conservé l’activité habitat qui est peu rentable, mais permet de dispenser efficacement la formation. Nous avons 10 alternants sur un effectif total de 75 et pouvons accueillir tous les niveaux du CAP au BTS. Avec un bémol, malgré tout, lié à l’éloignement géographique des lieux de formation. Le lycée professionnel de Coutances a arrêté sa formation charpente qui sera dispensée à Alençon.
Quelle est la principale raison du choix de SCM comme partenaire industriel ?
Thomas Aime, commercial et spécialiste charpente et construction bois chez SCM. Il a su nous écouter et a parfaitement saisi nos besoins. À l’époque, nous n’étions pas numérisés, nous avions juste une table de découpe numérique Plasma pour produire les pièces de serrurerie et donc, forcément, beaucoup d’appréhensions. Thomas a su les lever rapidement. C’est une histoire humaine où la culture italienne de l’entreprise SCM a sûrement joué un rôle dans la convivialité de la relation. Leurs solutions sont performantes, ce sont de véritables machines de charpente. Des concurrents nous proposaient des machines de menuiserie adaptées pour la charpente.
Ce saut technologique vous a-t-il permis de conquérir de nouveaux marchés ?
En l’espace d’un an, nous sommes passés de 70 bâtiments livrés à 130. Il y a de la demande et, sur les conseils de Thomas, nous nous sommes structurés pour anticiper. Nous avons renforcé le bureau d’études et l’équipe commerciale. Nous avons amélioré nos chiffrages et nous pouvons maintenant répondre correctement aux appels d’offres. C’est également une question de réseau, apprendre à se faire connaître, car Leboucher Constructions est une entreprise connotée « agricole ». En résumé, lorsque l’on fait rentrer une chaîne de production telle que celle-là, toute l’entreprise doit bouger pour en tirer vraiment profit. Notre valeur ajoutée doit se voir dans nos réalisations de qualité. Avec les engagements RSE, l’avenir de Leboucher va connaître de beaux jours, car beaucoup d’immeubles seront construits en bois. Bien que la France soit un peu en retrait, freinée par le lobbying du béton et la normalisation, le mouvement s’amplifie.
Question approvisionnement, travaillez-vous localement ?
Nous produisons des structures avec une forte exigence de qualité. Des portées de 30 m, des surfaces de 4 000 ou 5 000 m2, des hauteurs de 7, 10, voire 12 m. Tout devient gigantesque et nous pouvons nous adapter aux besoins variés de nos clients en fabrication comme en pose avec quatre équipes sur chantiers. Nous mettons en œuvre des bois secs venus essentiellement de la Forêt-Noire, en Allemagne, une assurance de qualité et d’homogénéité. Nous devons fournir des notes de calcul et justifier la résistance mécanique du bois, c’est essentiel pour répondre aux appels d’offres. L’épicéa venant de la Forêt-Noire garantit ces caractéristiques. Nous travaillons également du chêne pour les poteaux de structure. Là encore, l’écoute de Thomas Aime de chez SCM a permis de trouver les adaptations nécessaires des machines à notre culture d’entreprise et aux exigences des compagnons.
Quelles sont vos perspectives d’avenir ?
Notre stratégie d’intégration des tâches de fabrication et de pose questionne sur les déplacements de nos salariés. De grands projets comme ceux d’Orano et de Naval Group dans le nord du département vont soutenir le marché pour les 10 ans à venir, mais il est essentiel que nos commerciaux soient polyvalents et puissent rester à l’écoute de toutes les entreprises artisanales du secteur : maraîchers, pêcheurs, artisans ou exploitants agricoles.
Leboucher Constructions – chiffres clés
- 70 salariés
- 14 M€ de CA en 2024
- + 50 % de croissance en 5 ans
- + 4,5 M€ d’investissements depuis 2022
Photos © Bernard Lechevalier
Cet article est extrait de Wood Surfer n°143




