Longères contemporaines à énergie positive

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Inaugurée en avril dernier et baptisée « Les coteaux fleuris », la nouvelle école du village normand d’Heudebouville est labellisée E+C- niveau E3C2 et Bepos. Respect de la morphologie du site, utilisation du bois et de l’ardoise, intégration de panneaux photovoltaïques et absence de consommation d’énergie fossile pour le chauffage, toutes les conditions sont réunies pour limiter l’empreinte carbone de cet établissement scolaire qui s’inscrit harmonieusement dans le paysage de la vallée de la Seine.

Pour la réalisation de la charpente, l’entreprise AGC Construction Bois a utilisé 120 m3 de lamellé-collé
          de Douglas et 200 m3 de lamellé-collé d’épicéa. Les bois ont été fournis par Cosylva.

Situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Rouen, le village d’Heudebouville compte 800 habitants et fait partie de la communauté d’agglomération Seine-Eure. En lançant le concours pour la création d’un nouveau groupe scolaire, la commune a décidé de le placer sur un terrain tout en longueur et légèrement pentu, à proximité de la mairie et de l’église. La topographie du site et l’environnement architectural ont inspiré aux architectes de l’agence Hemaa, Charles Hesters et Pierre Martin-Saint-Étienne, l’idée d’une structure fragmentée et évolutive reprenant les codes architecturaux normands. Accéder à des marchés publics n’étant pas une tâche facile, les jeunes architectes décident en 2018 de se rapprocher du cabinet Hesters-Oyon, plus expérimenté sur ce terrain, pour préparer ensemble des concours : « Hesters-Oyon nous enseignait les rouages de la commande publique, nous apprenait les subtilités fonctionnelles des programmes scolaires, et, de notre côté, nous maîtrisions de nouveaux outils et d’autres façons de concevoir le projet, autour des notions de contexte et de durabilité. » Pari gagné. 

Le groupe scolaire « Les coteaux fleuris » à Heudebouville (Eure) : interprétation moderne de l’architecture normande associée à une démarche bas carbone. Les bâtiments sont chauffés avec une pompe à chaleur air/air.
Photos : Sergio Grazia
Largement vitrés, les murs-rideaux sont protégés du soleil par des éléments de la structure des bâtiments (auvents, épines…) et/ou des brise-soleil en lames de bois.

 

L’association des savoir-faire des deux agences a permis de convaincre le maître d’ouvrage de leur confier le projet. S’inscrire dans le paysage Le groupe scolaire est constitué de cinq maisonnées s’inspirant de l’architecture locale : le bois des colombages des maisons du centre-ville pour les châssis vitrés et la charpente ; l’ardoise du clocher et de la mairie pour revêtir et protéger les façades et la toiture. « Chaque bâtiment correspond à un programme qu’il abrite, précise Charles Hesters. Le système des portiques est identique sur toute la longueur, mais la forme de ces éléments varie en fonction de chaque maisonnée, notamment parce qu’elles ont des dimensions différentes. » Autoportante, la structure offre une modularité maximale. Le PLU imposait le respect de la forme naturelle du terrain. En dessinant le projet, les architectes ont pris soin de ne pas ajouter plus de 60 cm de terre et ont implanté les maisonnées selon les courbes de la parcelle. Ces lignes délimitent les cours de récréation, dessinent des vergers et deviennent des noues récupérant l’eau de pluie de l’ensemble du site pour alimenter un bassin paysager en contrebas.

« Cette organisation en strates anticipe la croissance envisagée du village et l’extension future de l’école, chaque maisonnée ayant la possibilité de s’agrandir, expliquent les architectes. Tout en respectant le schéma d’origine, des classes peuvent être ajoutées,
la restauration, les préaux et les cours s’étendre, et l’équipement peut accueillir des élèves et usagers plus nombreux. À cet égard, les réseaux et les systèmes de sécurité incendie intègrent déjà cette possible croissance. »

 L’implantation des maisonnées respecte la topographie de la parcelle.

Un chantier rondement mené

La société AGC Construction Bois, chargée du lot structure et habillage bois, a établi les plans d’exécution dans son bureau d’études interne. « La préfabrication en atelier a débuté en juillet 2020 et s’est terminée en novembre, précise Arthur Gosse, dirigeant de l’entreprise. La partie ossature bois a été réalisée avec des équipements numériques – scie et table ossature bois. Pour le débit des portiques, nous avons utilisé une grande scie à ruban manuelle. »
Le montage a commencé en août 2021 et s’est terminé en novembre. Les portiques en bois lamellé-collé qui arrivaient sur place en deux parties étaient assemblés, puis montés à l’aide d’une grue. « Les portiques intérieurs sont en épicéa et recouverts d’un saturateur pour leur donner une teinte ressemblant à celle du Douglas des portiques extérieurs, explique le charpentier. Avec le niveau de fabrication très poussé, nous livrions sur chantier les caissons de toiture et de murs fermés, équipés d’isolant, pare-pluie, pare-vapeur et lattage. Les opérations se sont déroulées maisonnée par maisonnée, travée par travée, pour assurer la stabilité de l’ensemble parallèlement à l’avancement des travaux. 

Les revêtements extérieurs en bois sont constitués de 1 000 m2 de bardage en Douglas (tasseaux 40 x 40 mm) fabriqué
par Lignalpes, et de 400 m2 de panneaux 3 plis en Douglas. Le revêtement en ardoise protège toitures et façades.

Le fait de travailler avec des éléments préfabriqués et des temps de pose relativement restreints nous a permis de générer un enclenchement des tâches assez rapide et de libérer le chantier hors d’eau pour les autres corps d’état : couvreurs et menuisiers. En fonction de la taille de la maison, il nous fallait entre une et deux semaines pour tout lever : portiques, caissons de toiture, murs… » Pour ne pas trop stocker sur le site, l’entreprise faisait deux livraisons par jour, ce qui rendait possible de monter la structure au fur et à mesure des arrivages. Une école tournée vers l’avenir Le nouveau groupe scolaire est aujourd’hui réparti sur 1 500 m2. Les bâtiments regroupent l’école maternelle (trois classes dont deux occupées), l’école primaire (trois classes dont deux occupées), les préaux et le restaurant scolaire avec son self-service. Dans cette configuration, à terme, l’établissement peut accueillir jusqu’à 200 élèves. La commune a décidé de ne pas déconstruire les anciens locaux scolaires, mais de les réhabiliter et de les réaménager en un espace d’activités socio-éducatives et culturelles.  

Anna Ader

Intervenants

  • Maître d’ouvrage : Adoma
  • MOA : Commune de Heudebouville (27)
  • AMO : Ciclop
  • MOE : Hesters-Oyon et Hemaa
  • BET TCE : Betem
  • OPC : Tempo
  • Entreprise bois (lot charpente, ossature, bardage et habillage bois) : AGC Construction Bois (76)
  • Montant des travaux : 4,5 M€

Cet article est extrait de Wood Surfer n°128 > Découvrir le numéro en intégralité : https://fr.calameo.com/read/00519601519fd12783bed