Un groupe scolaire à géométrie non euclidienne

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La morphologie atypique de ce groupe scolaire nouvelle génération est le fruit d’un double traitement architectural qui se formalise, à l’extérieur, par une enceinte minérale en murs de pierre bleue et, à l’intérieur, par des façades vitrées et bardées de mélèze s’ouvrant sur le cœur d’îlot. Et l’ensemble se love sous une vaste toiture à géométrie variable qui s’enroule autour d’une des cours.

Inscrit dans un carré de 80 m de côté, le groupe scolaire Jean-Louis-Etienne se présenté sous la spirale qui, s’enroulant maternelle, est cernée de murs en pierre bleue du Hainaut. Photo : Sergio Grazia

À une quarantaine de kilomètres à l’est de Paris, le nouveau groupe scolaire Jean-Louis-Étienne prend place à Coupvray (Seine-et-Marne) – au sein de la ZAC du même nom –, une commune qui fait partie du secteur IV de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée Val d’Europe comptant six villes. Cette école fait honneur au médecin et explorateur Jean-Louis Étienne, (re)connu pour ses expéditions en Arctique, qui a été le premier homme à avoir atteint le pôle Nord en solitaire en mai 1986, puis à explorer l’Antarctique (1989-1990), au sein de l’expédition scientifique internationale Transantarctica.

À la fois dernière opération signée de l’ancien SAN (syndicat d’agglomération nouvelle) et premier équipement du nouveau quartier, cet édifice public a été conçu par l’agence archi5 et livré en juillet 2021, après deux ans de travaux. Cette école maternelle et élémentaire comprend 16 classes et un accueil de loisirs sans hébergement (ALSH) de 120 places, ainsi qu’un espace de restauration, un plateau multisport et un parking de 50 places. La maternelle accueille 210 élèves et 17 personnels, l’élémentaire 265 élèves et 9 personnels, et la salle polyvalente 100 personnes pour un effectif total de 606 personnes.

Concernant le projet, « le groupe scolaire exprime le parcours de l’élévation qu’apporte l’éducation avec sa spirale qui monte vers l’école primaire, symbole de la vie et du temps », énoncent les architectes de l’agence archi5.

 

Trois entités distinctes en lien

En termes d’organisation spatiale, l’édifice atypique – en forme de « e » inscrit dans un carré de 80 m de côté – se déploie en majorité en rez-de-chaussée, avec son accès situé dans l’angle sud, son pan vitré étant protégé par un ample auvent triangulaire. Sur le parvis créé, l’entrée en charnière donne sur un hall d’accueil transparent qui, accompagné du bureau de direction, dessert, du côté est, l’aile réservée à l’école élémentaire, munie de quatre salles de classe, d’une bibliothèque, de locaux de dépôt de matériel et de sanitaires. Elle héberge également une salle polyvalente à double hauteur placée en rotule et ouverte aux habitants du quartier, en dehors des heures d’école. Du côté ouest, la seconde aile, de plain-pied et dédiée à l’école maternelle, « offrant un cocon protecteur clos », réunit des bureaux, sept salles de classe, des ateliers, une salle de motricité, deux espaces de repos, des sanitaires et un logement de fonction (angle), ainsi qu’un réfectoire à double entité, un office et une laverie, occupant le retour nord. L’étage partiel accueille un autre hall et cinq autres classes de primaire, ainsi qu’une salle d’activités et des sanitaires.

Au cœur du dispositif, une troisième aile, abritant le centre de loisirs, loge des espaces d’activités, une tisanerie, des salles de repos et des blocs sanitaires. De plus, il ouvre, de part et d’autre, sur les deux cours de récréation distinctes, accessibles directement depuis les salles de classe.

 Dans l’angle sud du bâtiment, l’accès à l’école maternelle et élémentaire, ouvert sur un parvis, se glisse sous un auvent protecteur, surmonté de murs en pierre bleutée qui se soulèvent pour mieux le marquer. Photo : Sergio Grazia
 En partie nord, un spectaculaire porche – habillé de bois et soutenu par de fins poteaux en bois également – traverse l’école en créant une percée visuelle entre les espaces verts extérieurs et la cour de la maternelle. Photo : Sergio Grazia  

Expression de façade différenciée

À noter que les sols de ces deux cours ont fait l’objet de dessins de lignes blanches, qui sont autant de supports ludiques incitant à des jeux d’enfants. Sachant que « la cour des élémentaires descend en pente douce vers le paysage et les équipements de plein air », précisent les architectes. Sur le plan architectural et des matériaux choisis, « le groupe scolaire propose deux vocabulaires architecturaux qui dialoguent entre eux. Celui d’un bâtiment minéral aux formes douces, tourné vers la ville, tandis qu’il s’ouvre vers le paysage, avec des bardages de façade en mélèze », ajoutent-ils. Si la structure du bâtiment comporte un système à poteau-poutre en bois lamellé-collé, d’entre-axe de 350 cm, l’expression des façades se différencie nettement entre l’extérieur et l’intérieur. Ainsi, « la façade urbaine du bâtiment, simple et rectiligne, qui suit les contours de l’îlot et en fixe les limites », affiche une enveloppe minérale pérenne. Celle-ci développe, à l’instar d’une enceinte, des murs en pierre bleue du Hainaut de hauteurs variables qui se soulèvent au sud pour marquer fortement l’angle et l’entrée de l’édifice. Ces parois sont percées d’ouvertures généreuses et cadrées sur l’environnement, ainsi que de moucharabiehs, rythmant l’ensemble rigoureux. Inversement, « le cœur de l’ouvrage se veut accueillant et convivial » pour créer « un lieu ludique et protecteur ».

 Sur le pourtour de la cour des petits se développent les façades des divers locaux de la maternelle (salles de classe…), rythmées p
ar des ouvertures vitrées insérées dans un bardage en mélèze protégé par un auvent.
Photo : Sergio Grazia
Chaque salle de classe de maternelle, qui donne sur la cour de récréation, est dotée d’une charpente en bois qui supporte un complexe de couverture formé en sous-face d’un plateau en métal perforé intégrant un isolant acoustique.
Photo : Sergio Grazia
 Au sein de la maternelle, la circulation dessert, à droite, la salle de motricité orientée à l’ouest, et s’ouvre, à gauche, vers la cour de récréation des petits, tandis qu’apparaît, au fond, un moucharabieh.
Photo : Sergio Grazia
Tournées vers les espaces extérieurs, les façades urbaines sont percées de grandes fenêtres cadrées et dotées de pare-soleil en lames de Douglas qui dialoguent avec l’environnement végétal. Photo : Sergio Grazia
 
 Courbe de la vaste toiture à géométrie variable.
Photo : Sergio Grazia
De la cour des élémentaires, les deux ailes de l’élémentaire (à gauche) et du centre de loisirs (à droite) convergent
vers l’angle (sud) qui intègre l’entrée vitrée de l’école, créant une transparence en cœur d’îlot.
Photo : Sergio Grazia
Photo : archi5

ARCHI5 ARCHITECTES

« L’école traduit la frontière ville-campagne par un vocabulaire distinct entre les façades urbaines et le cœur du bâtiment, transition entre le public et l’intime. » Le groupe scolaire est le tout premier élément d’un nouveau quartier de la ZAC de Coupvray. Outre les contraintes particulières du site, l’enjeu principal de ce projet était de créer un équipement public fondateur et structurant de cette nouvelle zone de la ville. Ainsi, le programme fait le lien avec l’existant et la nature, tout en se tournant vers le grand paysage. L’école traduit la frontière ville-campagne par un vocabulaire distinct entre les façades urbaines et le cœur du bâtiment, transition entre le public et l’intime.

Ce nouvel équipement est visible, lisible, aimable. Dans le traitement continu des trois façades urbaines, des variations sont apportées, selon qu’elles longent le parvis ou bien les voies latérales. La façade principale sud déploie une large ouverture au niveau du hall, en transparence avec les cours. Les modularités du volume animent la parcelle en une façade urbaine riche et ponctuée de transparences, de vues et de repères urbains, l’étage partiel se tenant à l’angle du parvis. Le vaste porche d’entrée à l’école élémentaire et au centre de loisirs, situé en prolongement du parvis, s’intègre harmonieusement au volume. La façade de pierre évoque les constructions traditionnelles de la région. Vers la ville, les menuiseries en bois laissent présager une intériorité, où le minéral s’efface au profit du végétal. À l’intérieur, on perçoit la spirale et le jeu de toiture, annoncés depuis la rue.

CONSTRUCTION DU GROUPE SCOLAIRE JEAN-LOUIS-ÉTIENNE À COUPVRAY (77)

  • Maîtrise d’ouvrage : Val d’Europe Agglomération
  • Maîtrise d’œuvre : agence archi5
  • BET TCE, structure, fluides, HQE : Ingérop
  • Scénographie : Scène Évolution
  • BET acoustique : Cap Horn Solutions
  • Paysagiste : Atelier Roberta
  • Cuisiniste : Alma Consulting
  • Entreprises : clos-couvert : Demathieu Bard et Rubner ; cloisons et faux-plafonds : Sogefi ; peinture, revêtements de sols et murs : AEC et Technopose ; plomberie CVC : Siteme ; CFO CFA : Mate ; appareil élévateur : NSA ; équipement de cuisine : IDFC ; aménagements extérieurs : Eiffage Route ; plantations : Lachaux Paysage
  • Surfaces : 4 250 m²
  • Coût des travaux : 11,43 M€ HT

Une 5e façade en forme d’escargot

De fait, les façades tournées vers les espaces communs intérieurs sont traitées tout en courbes, afin de souligner l’intimité du lieu, qui se caractérise par un bardage en mélèze de ton chaud (bois) contrastant avec la pierre de ton froid (bleu). Surmontées d’un auvent protecteur issu du débord du toit, les façades sont rythmées par des châssis vitrés, implantés de manière régulière. L’autre élément majeur du projet tient à sa vaste toiture en pente, traitée comme une 5e façade inscrite dans le paysage alentour qui « évoque la légèreté d’une feuille posée ». Elle épouse sa configuration particulière et vient s’enrouler autour de la cour de la maternelle, en suggérant un escargot géant. Les pans de sa couverture à géométrie variable superposent un complexe multicouche isolé à des plaques de zinc posées à joint debout qui dessinent des courbures savamment agencées les unes par rapport aux autres. Prise en compte environnementale oblige, la plupart des espaces intérieurs, ainsi que les circulations, sont éclairés naturellement pour apporter du confort aux espaces de vie et réduire, par là même, les consommations énergétiques. L’apport du végétal n’est pas en reste et est omniprésent aussi bien au milieu des cours de récréation, dotées de plantations, qu’autour de l’édifice, bordé d’espaces verts arborés. L’école a ainsi obtenu les labels Bepos et Effinergie 2017 E3C1.  

Carol Maillard

INSERTION DE MOUCHARABIEHS

Dans les parois en pierre bleue des façades urbaines sont insérés plusieurs moucharabiehs de tailles et de formes variées qui créent des jeux de lumière. Ils sont constitués de blocs de pierre posés les uns sur les autres et en quinconce, et maintenus en parties haute et basse au moyen de consoles métalliques. De plus, des fers en béton traversent les pierres afin de tenir l’ensemble. Cette structure secondaire métallique assure en effet la stabilité au vent et le contreventement de ce mur ajouré et esthétique. Or ce dispositif sophistiqué sert à la fois à tamiser la lumière naturelle et à protéger les châssis vitrés posés en partie arrière qui éclairent les lieux de vie.  Coupe de principe sur un moucharabieh.

Doc. : archi5

VÊTURE DURABLE EN PIERRE BLEUE DU HAINAUT

Les façades extérieures sont parées d’une vêture en pierre bleue du Hainaut, une roche sédimentaire, calcaire et dure de teinte bleu-gris qui provient de la région wallonne, située dans l’ouest de la Belgique. La finition « sciée » (ou brute de sciage) choisie confère à cette pierre un aspect naturel et épuré, qui est nuancé par des bandes bleu clair la rendant non uniforme et plus vivante. Cette pierre durable se compose de modules – 30 cm de longueur, 10 cm de profondeur et de 5 à 8 cm de hauteur – posés de manière continue, avec des joints au mortier de 3 mm d’épaisseur. « Cette vêture en pierre a été mise en œuvre suivant le concept du mur double ou mur-manteau autoporteur », souligne l’architecte et chef de projet Denis Simonis, d’archi5. Le contre-mur en pierre, qui repose sur des équerres en inox de support, solidaire de la structure en béton par chevillage, comporte des attaches en inox qui sont ancrées dans les voiles de béton porteurs.  Coupe verticale d’une façade sur cour.

Doc. : archi5

Cet article est extrait de Wood Surfer n°128 > Découvrir le numéro en intégralité : https://fr.calameo.com/read/00519601519fd12783bed