La présence du bois en façade retranscrit l’histoire du site. L’immeuble abrite différents types de logements, d’une à quatre pièces. Photo : Nicolas Grosmond

Un immeuble-meuble succède à un atelier d’ébénisterie

Un immeuble-meuble succède à un atelier d’ébénisterie

Concevoir un bâtiment à la manière d’un meuble, comme un assemblage de différentes pièces ? Si l’idée peut paraître saugrenue au premier abord, l’origine du projet proposé par l’agence parisienne Mobile Architectural Office (MAO) explique parfaitement la démarche de ses concepteurs.

La présence du bois en façade retranscrit l’histoire du site. L’immeuble abrite différents types de logements, d’une à quatre pièces. Photo : Nicolas Grosmond

Situé rue Charrière (Paris, 11e), cet immeuble de 5 étages a été construit sur le terrain occupé auparavant par l’atelier d’ébénistes Bottali et Fils, un des derniers témoins du passé artisanal du quartier du faubourg Saint-Antoine, longtemps réputé pour ses métiers d’art, notamment celui d’ébénisterie. Centenaire, l’ancien bâtiment a dû être démoli d’une part pour des raisons économiques et d’autre part à cause de la difficulté de mener une activité artisanale de ce type dans un environnement urbain, de plus en plus résidentiel. L’ancien propriétaire, qui a décidé de transférer son unité de production dans la Seine-et-Marne, a tout de même tenu à faire perdurer la tradition en se réservant au rez-de-chaussée un espace atelier/show-room et en achetant un appartement dans le nouvel immeuble.

Un projet mixte

Le bâtiment comprend 26 logements libres et 9 en locatif social régi par le programme Pierre épargne retraite logement (Perl).
Ce modèle immobilier permet aux investisseurs privés d’acquérir un logement en nue-propriété à un prix attractif et de confier la gestion de son utilisation à un bailleur social pour une durée pouvant aller de 15 à 20 ans. Fondé sur la dissociation temporaire de l’usage et de la propriété, Perl est une solution intéressante aussi bien pour les investisseurs que pour les promoteurs immobiliers et les collectivités. Dans le cas de l’immeuble de la rue Charrière, les fonds investis dans le cadre de ce programme ont notamment permis d’équilibrer le budget de l’opération, fortement impacté par des recours de tiers. « La totalité du projet est préfabriquée, à part les dalles qui sont coulées sur place, explique l’architecte Fabien Brissaud. En béton préfabriqué, la structure verticale est réduite à son strict minimum et son utilité première est de tenir les planchers. Entre ces éléments structurels, de grands ensembles menuisés apportent l’identité du bâtiment au travers de l’assemblage savant et complexe des pièces de béton et de bois. Le mode constructif en préfabriqué béton et bois retranscrit aussi l’histoire du site, car le bâtiment est dessiné, préfabriqué, assemblé et ajusté comme un meuble. » À l’intérieur, les parties communes reprennent les codes et les couleurs utilisés à l’extérieur, le gris clair rappelant le béton lasuré de la façade et le stratifié bois pour les murs des halls et les encadrements de portes dans les couloirs.

Détail menuiserie extérieure. Doc. : MAO
Détail d’assemblage de la façade. Doc. : MAO

Relation intérieur/extérieur

Du côté rue, au rez-de-chaussée, on retrouve des baies vitrées à menuiseries métalliques reprenant « l’esprit atelier », avec des châssis redécoupés en parties inférieure et supérieure. Elles s’intègrent dans la trame générale de la façade aux niveaux supérieurs, constituée d’épines verticales
en mélèze qui rythment l’ensemble.
Ces éléments structurels en bois servent de support aux menuiseries, également en mélèze, dessinées et réalisées par Menuiserie Moreau. Celles-ci présentent trois trames en ouvrants (60, 80 et 120 cm) et une grande trame de 180 cm en fixe. Le positionnement des vitrages – au nu extérieur pour les parties fixes et au nu intérieur pour les ouvrants – permet de créer à l’intérieur des logements un espace assurant leur intimité avec des agencements à usages différents : tablettes, banquettes… « Nous avons intégré des stores en toile à l’intérieur de la façade sur le nu extérieur et à l’extérieur sur les parties en nu intérieur, précise Fabien Brissaud. Les deux derniers étages, en gradins, possèdent des jardins d’hiver, donnant des espaces intermédiaires aux logements, véritable continuité des différentes pièces, qui se projettent sur les terrasses. Le jardin d’hiver dans la cuisine permet de créer un lieu chaleureux pour y installer une table à manger, une table de préparation des repas, des plantes aromatiques, des plantations pour préparer un potager sur la terrasse, un fauteuil pour lire et prendre son petit-déjeuner… Cet espace devient le lieu d’appropriation en relation directe avec l’extérieur, créant une atmosphère de maison dans l’appartement. Le jardin d’hiver dans la chambre permet de créer un lieu atypique pour y installer son lit, des plantes, un fauteuil, avec une vue du ciel depuis l’intérieur grâce au plafond de verre. Nous nous sommes inspirés au maximum du lieu et de son histoire pour proposer un projet élégant et sobre qui s’intègre au contexte urbain et architectural du quartier, historiquement artisanal, de la rue Charonne. L’agence a la volonté d’inscrire son travail dans une continuité historique tout en conservant l’âme du lieu. »

Anna Ader

En gradins, les appartements des deux derniers étages bénéficient de terrasses et de jardins d’hiver.
Photos : Nicolas Grosmond

Fiche technique

  • Maîtrise d’ouvrage : Emerige + Ogic
  • Maîtrise d’œuvre : Mobile Architectural Office
  • Programme : construction neuve de 35 logements libres et sociaux + atelier d’ébénisterie Performances : RT 2012 - 20 % – Plan Climat
  • Surface : (SDP/Shab) : 2 419 m2/2 286 m2
  • Coût des travaux : 4,8 Ms HT

Principales entreprises

  • Gros œuvre : Cobat Construction
  • Menuiseries extérieures : Menuiserie Moreau
  • Revêtements de façades : STRP

Calendrier

  • Permis de construire : mai 2017
  • Livraison : août 2020

Cet article est extrait de Wood Surfer n°120 

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